« Le drame qui a provoqué la gloire de Kamel est une fausse nouvelle : les « viols de Cologne » n’ont jamais eu lieu. Une fake news montée par l’extrême droite Allemande ; avec l’aide de quelques policiers et journalistes complices. »
Les néoconservateurs du monde « occidental » ont besoin de lui pour valider leurs critiques et mépris émis contre ces peuples non éduqués qui ignorent tout de la démocratie et de la liberté. Daoud est comme ces juke-boxes qui, après avoir avalé une pièce de monnaie, vous jouaient l’air choisi. Il est bien pratique. Si, dans le débat public il faut défendre les harkis ? Kamel est là en tant qu’Algérien de souche. Et là aussi pour nous certifier qu’il y du bienfait dans la colonisation. Faut-il cogner sur l’islam ? Aucune difficulté. Avec le bonus d’un expert puisque Daoud, avant son repentir, a été un militant de l’islam musclé. Toutes ses réponses vont enchanter les citoyens « de souche » dans tout l’Hexagone. Daoud est un couteau suisse philosophique : il sert à tout. Après avoir renié son engagement politico-religieux, Kamel Daoud a été un journaliste assez brillant et assez créatif pour faire vivre un concept. En s’accrochant à l’œuvre d’Albert Camus, au personnage de l’Arabe assassiné par Meursault dans L’Étranger. C’était une bonne idée d’imaginer une vie, une pensée, une famille à ce mort anonyme rendant le dernier soupir sur une plage. Verve épuisée, la veine du Daoud romancier semble se poursuivre dans l’aridité de l’oued. Reste que l’oranais a réhabilité « l’Arabe ». Ce qui, aux yeux des siens, a fait entrer le journaliste oranais dans le camp du bien. L’engagement est suffisamment fort pour que, sans dommages, il ait accumulé assez de crédit pour trahir sa cause.
Au premier de l’an 2016 la presse internationale révèle que « des centaines de femmes », à Cologne pendant la nuit de la Saint Sylvestre, ont été violées par les « hordes de migrants ». En un tour de clé la tragédie ouvre à Daoud les porte du journal Le Monde. Il publie dans les pages vespérales une tribune qui exprime que finalement, l’Arabe frustré par sa religion et sa culture, ne peut échapper à son atavique destin. Maltraiter les femmes, voire les violer, est un dérapage attendu. Une affaire de « nature ». Subjugué par une aussi pertinente analyse, le monde occidental, celui des anciens colonisateurs, s’écrie hosanna : voilà un « arabo-musulman » qui n’a pas peur de dire la vérité. Jubilation. Sauf auprès de dix-sept universitaires qui protestent, toujours dans Le Monde, mais sans la puissance de la HIFI de Daoud.
Le premier problème, qui aurait dû provoquer la chute de la maison Daoud, c’est que le drame qui a provoqué la gloire de Kamel est une fausse nouvelle : les « viols de Cologne » n’ont jamais eu lieu. Une fake news montée par l’extrême droite Allemande ; avec l’aide de quelques policiers et journalistes complices. Un indice : outré du mensonge, le quotidien ultra réactionnaire et anti immigrés Bild, a retiré ses articles et présenté des excuses aux lecteurs. Daoud, lui aussi, aurait rencontré l’honneur en demandant pardon. Et disparaissant. Pas du tout : il est donc devenu l’un de ces indispensables pères fouettards dont l’ex-monde colonial, aujourd’hui maquillé « démocrate », stimule ses cohortes.
Manifestation contre la violence masculine dans les escaliers du parvis de la gare à la cathédrale de Cologne en réponse aux agressions sexuelles du Nouvel An 2015-2016
Ce dernier a été très rapidement soutenu par des intellectuels proches du Printemps républicain. Quel sens donnez-vous à ce soutien ?
Si le « Printemps Républicain » existe, ou a existé, c’est d’abord contre ce qui va vite se définir dans sa doxa : « l’islamo-gauchisme ». La peur de ce « Printemps », usant du mot République comme d’une denrée, est la suivante. Qu’après une osmose entre islam et « idées de gauche » naisse une force nouvelle où l’on verrait Marx serrant la main de Mahomet… Pour avoir personnellement très bien connu Marc Cohen, associé à la naissance de ce « Printemps », je peux affirmer qu’il y a derrière cela une peur cachée qui ne tenait pas à la défense de la laïcité républicaine. C’est la crainte de militants d’extrême droite qui ne voulaient pas voir monter une force nouvelle fédérant des habitants des « quartiers » contre l’occupation de la Palestine. Le fait que Causeur, magazine de l’extrême droite, ait été associé à ce « Printemps » est un signe qui va dans le même sens. L’analyse de Daoud, celle de l’Arabe qui doit être jugé comme un déviant « par essence », sert d’argument à cette stratégie faite de calomnies. Face à l’existence de ces nouveaux militants musulmans – de gauche – toutes les armes de la diffamation et du fantasme vont être utilisées. Tous les nouveaux concepts « sociétaux », port du voile, statut des femmes dans la société, vont être tout à trac lancés contre ce « front » islamo-gauchiste. Qui, a priori, refuse toutes ces nouvelles normes communautaires puisqu’elles sont l’arme de l’Occident. L’Arabe ou le musulman de gauche et discrédité d’office puisqu’il est dépeint comme « réactionnaire et socialement raciste », imperméable au crédo du « sociétal ». Ici, par ses anathèmes et les armes de sa « modernité » Daoud est un excellent pourvoyeur de munitions. « L’Arabe ou le musulman de gauche et discrédité d’office puisqu’il est dépeint comme « réactionnaire et socialement raciste », imperméable au crédo du « sociétal ». »
12 janvier 1992 : les blindés de l’ANP occupent les points stratégiques d’Alger, au lendemain de la démission de Chadli Bendjedid.

